D’abord les accusations, ensuite le fardeau de la preuve: Remy Couture est victime d’une aberration juridique dans le cadre d’un procès éternellement retardé qui met en péril la liberté d’expression au Canada.
En attendant de voir si nous allons officiellement institutionnaliser la censure et emprisonner un artiste dont le seul crime est de créer des poupées et des prothèses ensanglantées, on se permet de l’assujettir à un cruel retardement de procès. Cela fait environ trois ans que Remy est accusé, et son procès est constamment repoussé à plus tard. La plus récente sortie? Son procès aura lieu le 10 décembre 2012. Remy se présente en cours régulièrement pour qu’on lui annonce qu’on s’occupera de lui plus tard. Et encore plus tard. Pendant ce temps Remy s’endette sous des frais juridiques handicapants.
Et il doit vivre avec un système de justice qui le traite comme un criminel. Pas avec des médias qui critiquent son travail. Pas avec des individus qui lui envoient du courriel haineux en lien avec ses oeuvres. Un palais de justice qui le traite comme un criminel. Essaie-t-on de retarder le procès parce qu’on sait que c’est absurde ou bien joue-t-on cruellement avec les nerfs d’un artisan visiblement affecté par les accusations lourdes? En tous les cas je considère que c’est une grossière irresponsabilité.
Petite génèse d’une aberration juridique
Remy Couture met en scène un personnage masqué qui viole et tue des femmes sur son site web InnerDepravity. Le site web est gratuit. On y avertit du contenu explicite. Remy travaille à son compte. Une plainte provenant de l’Allemagne avertit Interpol: dans une galerie photo du site web, un enfant se fait tuer et enterrer, enquétez.
L’enfant est sain et sauf. Selon le témoignage de la mère, qu’on retrouve dans le documentaire Art/Crime, la police ne cherche pas à rencontrer le garçon, ou même lui parler au téléphone. Mais une enquête est lancée et un piège est tendu à Remy Couture: deux policiers le contactent, prétendant être un couple désirant avoir une séance photo un peu osée. À l’heure de rendez-vous, ils lui demandent de sortir de chez lui, le menottent, confisquent son ordinateur, son passeport et sa carte de crédit, et l’amènent au poste de police. Moment surréaliste pour l’artiste qui désormais vit dans une mise en scène dont il est une victime continue, incapable de connaître les prochains gestes de ceux qui l’accusent.
On ne l’accuse d’aucun méfait ou de violence envers un mineur. On l’accuse de corruption des moeurs et d’indécence. D’une utilisation indue de la violence et de la chose sexuelle dans une oeuvre artistique. Avez-vous vu la scène dans Kill Bill ou l’infirmier viole une Beatrix Kiddo comateuse? Ou bien avez-vous vu Antéchrist, de Lars Von Trier? La seule différence entre les oeuvres de Remy et les deux autres, c’est qu’il n’est rattaché à aucun distributeur ou producteur.
Si le visage du tueur en série fictif de Remy Couture est masqué, les visages de ceux qui poussent le procès sont eux aussi inconnus: outre le rôle précis de la procureure et les explications officielles du sergent Ian Lafrenière, le nom des gens qui touchent à son dossier sur une base régulière ne sont pas connus. Qui en veut autant à Remy Couture?
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