Je sais que les réseaux sociaux vont devenir un lieu de politologues improvisés suite à la mort de Chavez, mais j’avais des choses à dire sur les événements des derniers jours. Bon. Claude Rajotte nous a fait le plaisir de démontrer qu’on peut détester Anik Jean autant du point de vue symbolique que du point de vue musical. Tandis que Chris Brown, Michael Jackson et Matisse (énumération louche) peuvent profiter de la qualité de leurs œuvres alors que leur vie était répréhensible, Anik Jean nous a rappelé que la médiocrité se répandait de manière harmonieuse dans sa promotion et dans sa création.
Car il s’agit bien de médiocrité: cette musicienne a voulu prendre la parole dans le but de nous abrutir collectivement avec un thème qui créé déjà un débile consensus social: l’intimidation c’est mal, comme on peut le voir quand je fais des menaces anonymes à des journalistes. Remerciez-moi pour cette intéressante leçon, tandis que j’essaie de banaliser (voire rendre glamour) la schizophrénie. Bref, la réaction négative alentour de la promotion et la création d’Anik Jean est saine; il s’agit d’un refus de placer tout ce qui est complexe et dérangeant dans notre société sous le sceau matantisant de l’intimidation.
À Anik Jean nous avons dit non, et à Alex Perron aussi. La situation est plutôt simple: sans avoir l’air de blaguer, l’humoriste et comédien qui fait sa réputation sur un certain charme adorable, nous apprend à la télévision qu’il voulait renverser des étudiants parce que ceux-ci le retardaient à ses tournages. Doit-on rappeler que la fonction principale d’une grève est de débalancer les rapports sociaux, mais que ces actes ne méritent pas la mort ou des blessures graves? Je ne souhaite nullement jeter de l’huile sur le feu, mais en même temps dire ça, c’est faire plaisir aux relationnistes paniqués d’un humoriste qui pigeait peut-être pas mal de sympathie du groupe qu’il vient de descendre. Le débat sur le tort causé ou souhaité envers les étudiants doit-il être tu dans le seul but de ne pas nuire à la carrière somme toute assez solide d’Alex Perron?
Et le voici qui, lui aussi, crie à l’intimidation! Suite à ce passage télévisuel douteux, Alex Perron parle de menaces et même d’insultes homophobes. Le tout est répréhensible et regrettable, mais surtout surprenant: si l’on défend le droit aux étudiants d’avoir accès gratuitement (ou pas trop cher) à l’Université et si l’on défend leur droit à la parole, n’est-on pas rendu au niveau intellectuel après lequel on ne considère pas l’homosexuel comme un pervers nuisible? Défendre les étudiants en ayant des propos homophobes me semble un peu contradictoire, intellectuellement.
Cependant, si on peut être étonné de ce trait chez les supporters de la cause étudiante, on ne devrait pas l’être du reste du Québec. Le printemps érable (ugh) m’a appris une chose: l’image progressiste que les artistes et les étudiants du Québec s’étaient fait de cette province était complètement erronée. Bon nombre de Québécois entendent leurs voix dans les cris et insultes des multiples chroniqueurs jambon et du plus récent imbécile téléphonique. L’homophobie pouvait être un non-dit médiatique, mais allez en région et essayez d’être gai. Fréquentez des jeunes en Abitibi par exemple et essayez de ne pas entendre les pires insultes faisant référence à l’homosexualité comme étant la norme de la dévalorisation sociale de l’autre. Nous sommes bien moins progressistes que nous le croyons. Ou le voulons.
Aussi, j’aimerais répondre à cet article traitant de pigistes et qui nous appelle à refuser des contrats non-payants (je ne réagis pas à l’article en soi, mais à ce qu’on en conclut): sans mes vidéos bénévoles pour des amis, je n’aurai jamais été caméraman et monteur pour bombe.tv pendant un an. Sans mon animation radio à choq.fm et CIBL je n’aurai jamais été co-animateur pour les Oranges Pressées à CIBL. Sans mes vidéos amusantes et complètement libres pour Petit Petit Gamin je ne serai jamais devenu animateur télé à TFO. Nous travaillons dans les médias, donc dans l’industrie de la perception et de l’illusion. Si un site web offre une visibilité incroyable, elle est à prendre: l’argent ce mois-ci te permettra de payer ton loyer. Cet article lu par des milliers ou millions de personne t’amènera probablement d’autres contrats lucratifs.
C’est comme être chef d’Option Nationale. L’argent viendra.
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